PIERPOLJAK présenté par Pyr Prod

04-06-2010 20:00 at

La Laiterie Grande salle

13 rue du Hohwald - 67000 Strasbourg

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Le nouvel album de Pierpoljak, c’est la grande lessive où notre homme écarte

un rideau et nous apparaît nu mais souriant, vrai, léger de tout reprendre à

zéro.

C’est un album crique et frêle esquif, boisé coquillages et crustacés mais loin

de la baie des anges et des ventres ronds, le corps des chansons est ici maigre

et vigoureux, les perçus incisives, tribales sans invasions barbares, un juste

dosage, pirogue indigène. C’est un album maison, une cabane de Robinson

sans Vendredi.

Reggae bluesy, folk antillais, pop caraïbe. Un cajon et une guitare cristalline,

accords majeurs et voix limpide. Chansons qui pourraient s’interpréter nues,

une guitare en bandoulière, c’est dire si la voix fait sa locomotive et les wagons

ne portent que le nécessaire à vivre.

Wagons d’intimes, couturiers de l’ombre : Sylvain Taillet et son complice le

toulousain Georges Baux et les copains des îles, les frères Fanfant -nos Sly et

Robbie des Antilles-, les potes de toujours Guillaume Briard et Didier Bolay aux

cuivres et aux choeurs et j’en passe…

Banjo, cavaquinho, dobro, déroulés d’orgues Hammond, coeurs battants sous

cicatrices de plaies refermées. Parfois l’after beat est là pour rappeler que le

reggae afflue toujours mais cette fois il l’étire comme un mastic pour l’épurer.

Apaisé et chaloupé….

Pierpoljak nous parle de lui, nous parle de nous puisqu’il parle d’un homme,

le seul auquel on croit, celui qui chute et retente l’ascension du coeur. Amour

perdu et lot de consolation dans le regard du fruit de ses entrailles. Ses mots

sont ceux du marin pas si sûr de retrouver un port

(« Petite dépression »). L’eau est calme mais point de boussole. Il cherche la

réconciliation, destination trois prénoms au moins (« Awa », « Bébé Damia », «

Jahid »). Son triumvirat d’amour. Il lâche des peurs de solitudes. Il dit « je vous

aime » plus « qu’aimez moi ».Etre père vous fait tourner le regard ailleurs que sur

son propre nombril. Il a des mots de peur d’homme fragile alors il recoud des

voiles parties en vrille. Toujours sous couvert d’un humour aigre doux («J’me

comprends tout seul ») il attend d’improbables mains tendues.

 

Cet album s’ouvre et se referme cool et solaire comme deux soleils éclairant

en même temps le bas et le haut d’un globe bleu.

C’est d’abord un lancinant négro spiritual qui élève une église blanche du

côté de Port au prince. Un chaloupé haïtien sur le thème d’Aimé Césaire le

chantre de la négritude. Image d’un Pierpoljak assis sur un rocher au dessus

de la turpitude jouant de la flûte. En vérité c’est Dédé Saint Prix.

Envie d’un tortillage de hanches moelleux et tête qui dodeline. Et ça ne nous

quitte plus…

Et on voyage: clin d’oeil nyabinghi sur « Petite dépression », riff de guitare folk

et réminiscence malienne sur « Nick la menace », ol’time ska sur « Jahid », un

je ne sais quoi de Louisiane ou de Cap-Vert mêlés sur « Légendaire sérénade

», qu’importe…

Solaire vous dis-je, insulaire et métisse, d’aucun diront l’avenir du genre de

ceux qui marchent encore debout.

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